(230720)

Donc ça prend toujours plus de temps que prévu. Le projet existe depuis plusieurs années, depuis le début même, ou pas loin, tu sais ce que tu veux faire, quelle forme il doit prendre, ce qui l’appelle, le titille depuis tout ce temps. Longtemps il a été remisé dans un coin de ton crâne, tu le nourrissais de petites notes mentales. Et puis un jour c’est son tour, c’est à lui de sortir, il passe au premier plan, éclipses les autres. Tu as beau savoir, au fond tu ignores encore à quoi il ressemble. Les éléments se mettent en place, le matériau à utiliser. Mais tout ou presque a beau être , il faut encore chercher. Écrire, c’est d’abord ça: exhumer le projet, le fouiller, le jauger, et puis trier, rejeter, retrouver, regarder, écouter, tenter, attendre, écarter, arrêter. Guetter. C’est comme un rendez-vous, en quelque sorte. Sauf que tu ne sais pas exactement où ni quand, ni qui tu vas rencontrer. Tu as une vague idée, c’est tout. Il faut être en avance pour être certain de ne pas le louper. Avec, toujours en tête, la possibilité d’être arrivé en retard. Et pas au bon endroit. Alors tu continues de faire le guet.