(080520)

Finalement entamer le #5 s’avère plus compliqué que prévu. Sans doute dû au climat actuel, à l’incertitude qui pèse sur la publication du #4, soumise à tant de paramètres: comment les librairies sortiront-elles de la crise, quel impact cela aura sur les éditeurs indépendants? La publication te paraît désormais encore plus lointaine qu’elle ne l’était. Pourquoi écrire si les textes restent confinés? Non. Là n’est pas la question. Il faut impérativement dissocier le temps de l’écriture, qui s’écoule et s’épuise, et celui de la publication, qui retarde et relance. L’un t’appartient, l’autre pas. L’écriture ne s’arrête pas, pas tant que tu parviens à en maîtriser le temps, la course sombre et indécise. Vouloir temporiser n’a de sens que si l’écriture l’exige. Pour pouvoir maintenir un projet à l’écart de l’autre. Question d’ombre. De dynamique. De souffle. C’était crucial pour permettre au #4 de s’émanciper du #3 et des deux livres qui l’ont précédé. Mais cette pause, ce que tu te dis maintenant, ne doit pas être forcée ni imposée de l’extérieur. Tu dois dissocier l’écriture de la publication. La publication n’est pas, ne doit pas être l’aboutissement nécessaire de l’écriture. La publication ne devrait même pas te regarder. Parfois tu te dis que le système américain est quasi salutaire pour l’auteur. Tu écris; tu termines. Tu envoies le texte à l’agent. L’agent se démerde avec. Ce n’est plus de ton ressort. Le reste n’est qu’une forme de narcissisme à laquelle tu aimerais pouvoir échapper. C’est aussi pour ça que la musique t’attire encore. Tu composes, tu enregistres, tu postes ça sur internet quelque part. En une semaine, tu t’es débarrassé du truc. Qui vivotera au gré de quelques algorithmes. Bam. Bien sûr, on pourra toujours revendiquer qu’un système semblable est possible, voire souhaitable pour la littérature, que l’édition relève d’un monde ancien et condamné, qu’il suffit désormais d’une chaîne youtube car c’est là qu’est la littérature d’aujourd’hui et de demain. C’est possible. Et sans doute y viendras-tu un jour. Tu ne sais pas. Quelque chose. La musique est immédiate. Ce qui fait à tes yeux qu’elle peut assez facilement s’accommoder des flux. Pour le littéraire, non. Tu ne sais pas. Ne crois pas. Te dis que ce qui fait le littéraire, c’est la distance. La prise de recul. Le temps. La temporisation. Écriture et musique, oui, sans doute, se font sur des tempos différents. Bref, tu as repris là où tu t’étais arrêté en 2013 ou 14, et as donc donné naissance à mytrendypianobar.