(090618)

Moment toujours délicat que celui où, croit-on, se termine un texte. Entraperçu fin 2011, vaguement esquissé à l’été 2012, débuté réellement en 2013, interrompu puis repris régulièrement depuis, M.A. vient de trouver un terme. Plus ou moins définitif. Parce que, comme à chaque fois, tu pourrais y replonger demain et apporter de nouvelles corrections, découvrir des pistes inexplorées, repenser les choses différemment. On n’en a jamais fini d’écrire. De chercher un équilibre qui au fond n’existe pas. Un repos qui au fond ne dure pas. L’écriture aura été assez fastidieuse. Plus sans doute que pour Charøgnards et À tous les airs. Non que ces deux textes aient été faciles à écrire — Charøgnards, étrangement, sans doute plus. Dans le cas d’À tous les airs, c’est l’attente qui a été pénible; car l’attente génère les relectures, et les relectures ne sont rien d’autre que des récritures en puissance. Pas une phrase, pas un paragraphe, pas une page qui n’aient été cent fois retouchés entre fin 2013, date à laquelle le roman avait fini par trouver sa forme, et sa publication en 2017. Ce sont surtout ces quatre longues années qui ont été fastidieuses, les doutes et les scrupules qu’elles charriaient, qui te faisaient reprendre sans cesse, y revenir encore. Aujourd’hui même, si le texte n’avait été publié, tu trouverais des détails à modifier, des lignes à redessiner, des teintes à diluer. C’est l’avantage de la publication — on enterre le texte, qui n’est plus qu’un souvenir. Un geste qui hante les suivants, qu’il faut oublier pour en réapprendre d’autres. Dans le cas de M.A., c’est différent. Les derniers mois ont été épuisants — physiquement épuisants. Tu as beaucoup rogné sur ses marges. Tu en as pour plus de 60 pages de « restes ». Le texte demeure assez long, sa longueur chapitrée étant l’une des prémisses du roman. Et maintenant l’impression et l’envie qu’une phase, avec ce texte, s’achève. Que tu peux dorénavant passer à autre chose. D’où le désir aussi de le voir rapidement aboutir en publication. Pour tourner la page. Compléter ce qui, avec les deux autres, pourrait a posteriori former une sorte de trilogie. Quelqu’un te disait l’autre jour que derrière un texte il y avait toujours un lecteur. Tu ne le crois pas; la seule certitude que tu peux, que tu dois avoir lorsque tu écris, c’est précisément qu’il puisse n’y avoir personne — que le texte puisse rester lettre morte. Enveloppe creuse. Pour le savoir, il ne te reste plus qu’à imprimer le texte et l’envoyer à P.

Tu as rempli ta déclaration d’impôts. As eu pour ce faire vent des chiffres. Les chiffres parlent souvent d’eux-mêmes. Tu as fait les comptes. Tu as 5,63 x plus d’amis Facebook qu’il n’y a de lecteurs d’À tous les airs. Par exemple.