(230618)

Tu jetais un œil curieux sur la rubrique livres de ce magazine que tu ne lis pas. C’est la première fois que tu voyais ces notes qu’on attribue. D’habitude elles prennent la forme de 5 étoiles dont on remplit les contours, ou d’une note sur 5. Le procédé demeure le même, celui de l’évaluation. Ça ne t’avait jamais véritablement frappé jusqu’alors. C’est la note sur 20 qui t’a arrêté. T’a fait sourire. Comme à l’école: 14/20, 15/20, 16/20 — c’est la meilleure note. Ça n’allait pas au-delà de 16. Tu as cherché en fin de rubrique s’il y avait une moyenne générale; tu ne l’as pas trouvée. Peu importe le barème au fond, ce qui compte, c’est qu’on compte. Qu’on mesure, qu’on gradue, qu’on chiffre, qu’on évalue. Mais qu’évalue-t-on au juste? De quoi ces notes sont-elles le signe? Qu’est-ce qui sépare un roman noté 14/20 d’un autre auquel on attribue la note de 16? Celle-ci est-elle absolue, dépassable, ou constitue-t-elle un palier au-delà duquel il serait illusoire de prétendre se hisser? Que signifierait, pour un roman, pour un auteur, d’obtenir la note de 20/20? Le problème, si c’en est un, est que nulle part ne sont précisés les critères de notation. Imaginons: Personnages bien campés = 4. Intrigue bien ficelée = 4. Humour = 3. Vraisemblance du propos/Cohérence = 3. Lisibilité = 4. Sympathie du narrateur = 2. Le compte y est. À ce petit jeu-là, tu te demandes combien aurait obtenu À tous les airs. Personnages = 1 (on s’y perd). Intrigue = 1 (on n’y comprend rien). Humour = 2 (bel effort). Vraisemblance/Cohérence = 0 (on cherche encore). Lisibilité = 0 (cf. supra). Narrateur = 0 (hautain et insupportable). Verdict: 4/20. Appréciation du lecteur: immaturité flagrante dans le propos, manque total de construction narrative, les personnages (elles sont combien??) sont à revoir intégralement: il faut vous ressaisir de toute urgence si vous ne voulez pas aller droit au mur!

Cqfd.

L’enjeu du #4 serait de redéfinir en quoi le roman est politique. Partant du principe que l’écriture est acte de résistance, comment celle-ci infiltre-t-elle le propos du texte. Cette résistance — ce refus, peuvent-ils s’écrire en marge du roman conçu comme genre codifié; i.e. évaluable, apte à répondre à certains critères préétablis, susceptible d’être apprécié, jugé, jaugé — noté — en fonction de ces critères? Ou, pour le dire autrement, un roman qui souhaiterait faire acte de résistance peut-il être autre chose qu’un roman conventionnel satisfaisant aux indices de lisibilité usuels?