(011018)

Le #3 n’est toujours pas tiré d’affaire. Tu t’y es remis. C’est marrant, parce que tu es revenu sur l’une des idées directrices du roman. Tu t’étais initialement mis en tête d’écrire un roman avec des chapitres. C’est le concept même de chapitrage que tu souhaitais explorer, régler la mécanique narrative sur l’avancée et la succession des chapitres — comment passer d’un chapitre à l’autre, en vertu de quelle loi interne, au gré de quels mouvements narratifs? Le chapitre, l’idée du chapitre, du découpage du texte en unités a priori closes et autonomes, voilà ce qui a motivé en partie l’écriture de ce roman. Et voilà maintenant que ces chapitres ont disparu les uns après les autres: tu les as débités à leur tour, les as mélangés, réassemblés au gré d’une logique narrative autre. Ou pas autre, parce qu’au fond la logique interne, interne au texte, demeure identique. De sorte que ce geste, si paradoxal qu’il puisse te paraître eu égard au principe moteur de l’écriture, n’effleure pas le texte; pas vraiment. C’est là la clé, ce que tu t’es dit. Que d’une certaine manière, ce chapitrage constituait l’échafaudage, l’étai indispensable à la construction de ce texte. Qui, une fois terminé, comme il l’était depuis un certain temps maintenant, devait pouvoir tenir, et tenir seul. C’est là le risque, aussi. Que tout s’effondre. Que rien ne tienne. C’est dorénavant ainsi qu’il devra convaincre. Et si le roman n’y parvient pas sous cette forme, il faudra l’enterrer sous ses propres décombres. Le noyer sous ses chutes.

Tu as envoyé ta traduction à J. il y a deux semaines maintenant. Le sentiment que tu éprouves est étrange.

À tous les airs va avoir un an. Tu te demandes parfois si c’est une bonne chose qu’il soit sorti après toutes ces années. Sans doute tous les textes ne sont-ils pas bons à être publiés. Évidemment que la question se repose maintenant, au vu des atermoiements qui entourent le #3. Avec le recul, tu te dis désormais que tu aurais pu le sacrifier; tu l’aurais fait avec nettement moins de scrupules que tu ne le ferais pour le #3. Auquel —. Non, rien.