À l’approche de la publication en septembre 2015 de Charøgnards, ton premier roman, tu t’es décidé à ouvrir l’intérieur de ton crâne — non sans quelque réticence du reste. La présence de l’écrivain sur la toile est désormais une obligation ou presque, et on ne compte plus le nombre de sites ou de blogs qui se disent « d’écrivain ». Tu en visites régulièrement lorsque tu sors de ton crâne, tu as tes favoris. Mais c’en est devenu une sorte de genre en soi — « le blog d’écrivain » —, et longtemps tu t’es interrogé sur les motivations que tu pourrais avoir, toi — d’autant que tu n’es pas de ceux qui ont des choses à dire —, à tenter de faire entendre ta voix dans ce concert. Comme si les textes ne suffisaient pas, ou plus. Comme si l’ « Auteur » pouvait encore échapper à la mort qu’on lui avait jadis promise. Tu ne te caches pas qu’il peut y avoir derrière tout ça un impératif de visibilité auquel, comme d’autres, tu sacrifies. Mais au-delà, tu saisis l’occasion pour (a)ménager à l’intérieur de ce crâne un espace de réflexion. Tu ne tiens pas de journal, tu ne remplis pas de carnets: tout en matière d’écriture se passe pour toi à l’intérieur du crâne et tu vois là l’opportunité d’y mettre un peu d’ordre. Alors tu t’es dit que ce site ne serait rien d’autre que ça — un site; un point sur une vaste carte, quelques timides coordonnées autour desquelles viendraient tournoyer pour un temps tes pensées. Un espace de construction — une autre manière pour toi d’appréhender l’écriture, de la réfléchir, en gardant à l’esprit qu’« à l’intérieur du crâne », c’est aussi la vanité qui s’agite et s’ausculte.

Alors tu échafaudes. Tu campes quelques parois, dessines des liens, envisages des passerelles. Rien n’est sûr, rien n’est stable; tu avances à tâtons et tu invites quiconque se perdrait ici à en faire de même, au rythme des infractions, au gré des effractions et autres diffractions, fractions, réfractions.

 

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BIBLIOGRAPHIE