7. 

 

Tu es bien incapable de reconnaître les mérites et les défauts de ton texte, que tu relis, retouches ici ou là à la marge. Tu as contacté quelques amis dont tu sais pouvoir compter sur la franchise et dont le goût littéraire te paraît sûr. Tu te fieras à eux, ils te diront ce qu’ils en pensent. En fonction de ça, tu aviseras. Ils acceptent généreusement de te relire. Le temps est long. Tu penses à ton texte, à ta dame, déjà les remords que tu noies en ébauchant d’autres projets. Tu passes quelques jours en Gironde où tu prends quelques notes en vue d’un prochain roman. C’est là que tu reçois le premier retour, celui d’A. Tu es un peu fébrile au moment d’ouvrir son message. Que tu lis vite. Sa lecture est minutieuse et constructive, comme à chaque fois. Tu n’en attendais pas autant. Elle te rassure. Déjà tu prends de nouvelles notes, copies quelques citations extraites de tes lectures en cours que tu enterreras dans ton texte lorsque tu le reprendras d’ici quelques semaines. 10 jours plus tard, le 10 avril, c’est au tour d’A.-L. de te contacter pour te faire part de sa réaction. Tu reçois un SMS assez tôt le matin. Tu es dans le train, tu te rends à l’université. La journée commence bien, ce que tu te dis en prenant connaissance de son message. Tu la verras quelques jours plus tard, vous en parlerez de vive voix. Son enthousiasme est sincère, tu n’en doutais pas: elle t’encourage à envoyer le texte à des éditeurs. Elle te suggère deux-trois contacts qui pourraient être intéressés. Tu te rends compte que tu ne connais rien à l’édition française, hormis quelques grands noms. Tu hésites. Prends peur, anticipes l’échec. Devines que la période qui commence sera longue, pleine d’attentes et d’espoirs frustrés. Le 1er juin, tu reçois dans l’après-midi un mail très détaillé de B. Il t’a appelé jeudi pour te dire qu’il avait aimé ton texte à son tour. Tu es flatté, reprends confiance. Mais ces retours positifs t’effraient aussi. La déception risque d’être plus grande encore. Tu as commencé les envois du manuscrit. Tu ignores s’il trouvera preneur. Ça t’angoisse un peu, toute cette attente, et l’incertitude qui l’accompagne. Tu ne t’acharneras pas, ton côté fataliste, et te fais peu d’illusions. Si le roman doit être publié, il le sera un jour. Sinon —. Mais tu envisages déjà la suite, projettes d’autres romans, repenses à l’ébauche entamée en début d’année. Publié ou pas, tu continueras d’écrire. C’est pour soi qu’on écrit, pas pour les autres.