Début 2012 (ça doit être le mois de février?), au moment où tu lis Les Gommes (un peu avant ou un peu après?), tu es dans un village-vacances. Il fait gris, la Mer du Nord n’est pas loin mais tu ne la verras pas. C’est la première fois que tu mets les pieds dans ce genre d’endroit, où tout est pensé-conçu pour les touristes. Qui entrent dans le parc et n’en sortiront plus de tout leur séjour. (Plus tard, tu liras W ou le Souvenir d’enfance de Pérec. Sans doute le souvenir du huis-clos qui te suggère, maintenant, ce rapprochement. Ou plus récemment La Fiction Ouest de T. Decottignies.) Il y a même des lapins qui batifolent sur l’esplanade. Y avait-il un lac? Oui. Tu crois que oui. Mais n’en es plus sûr: la géographie du lieu se confond désormais dans ton esprit, sept ans plus tard, avec celle qui servira de décor au roman. S’y dégage en tout état de cause quelque chose de vaguement idyllique, comme une vaine tentative de reconstruction pastorale. Sauf que ce n’est pas exactement en ces termes qu’on vend le projet aux classes moyennes. En février 2012, le ciel est bas. Les nuages humides. Le gris coule sur les toitures et les cottages identiques. Un grand bâtiment de tôle est posé au cœur du parc. De gros boyaux s’entortillent à l’extérieur. Des toboggans qui se jettent dans la piscine. Il y a le « Balooba », l’espace de jeu intérieur avec ses châteaux gonflables et ses chaussettes PVC tendues à l’hélium sur lesquelles sont plaquées des figures de clowns immuables. Les enfants voudront y retourner tous les jours. Tu es un touriste comme un autre. Te contentes de ce qu’on t’offre. Peu importe si c’est la même chose pour tout le monde. Vos désirs, vos besoins, vos envies — tout ça bien sûr est calculé, préparé. Étudié. Anticipé. Le monde est le même pour tous. On s’y aménage des espaces qu’on est surpris de voir déjà occupés par d’autres. La promenade en forêt. Le footing du dimanche matin. La plage aux beaux jours. (Les beaux jours: pendant un temps, c’est ainsi que tu avais envie d’intituler le roman.) Tu tentes de prendre un peu de recul sans pour autant bouder ton plaisir. Deux choses à retenir: 1/ l’uniformisation des désirs, 2/ l’impression de simulacre qui flotte sur l’ensemble. C’est à partir de ces deux aspects que naîtra le projet du #3, qu’il tentera de concilier. Dans une sorte de faux roman policier. Un peu à l’image des Gommes.