Le problème, c’est que depuis le départ, depuis tes premières lignes en 2011, tu es strictement infoutu d’émettre le moindre jugement constructif sur ce que tu fais. Tu admires celles et ceux qui sont capables d’abandonner un projet, qui parviennent à deviner les impasses, à rebrousser chemin. Qui se disent que telles pages sont médiocres, qu’elles n’apportent rien, que tel travail est superficiel et ne mènera nulle part. Ces écrivains savent anticiper. Ont sans doute une idée plus précise de ce qu’ils ou elles recherchent. Une démarche plus assurée. Une confiance sereine en leurs opérations. Un jugement sûr. Ces écrivains savent retrancher, savent délester, savent étoffer lorsqu’il le faut, savent rythmer leurs pages. Savent reconnaître l’erreur. Voient l’échec approcher. Sans doute savent-ils à quoi il ressemble, à quoi le reconnaître, quels signes l’annoncent. Toi, non. Tu n’as pas encore appris. Alors tu avances, continues d’avancer, t’accroches au projet, te dis qu’il faut continuer sans voir que tu ne peux pas continuer, tu vas donc connement continuer sous le regard narquois du grand Sam qui a sans le vouloir tracé le chemin grotesque et improbable sur lequel tu t’enfonces, cap au pire, vers un ratage en grande pompe car non, toi, à l’évidence, tu n’as pas su faire mieux.