Tu n’es pas Beckett. Tu n’auras jamais le Prix Nobel. Tu n’auras peut-être jamais le moindre prix pour ce que tu écris. Tu as déjà pu dire, en tout cas tu l’as fortement pensé, que tu t’en foutais royalement. Quand on écrit sérieusement (définir « sérieusement » en la circonstance), on n’écrit pas en vue des lauriers dont on pourrait se faire coiffer. Merci. Tout écrivain un tant soit peu sérieux (définir « sérieux » en la circonstance) te le dira. Suffit de tendre l’oreille aux alentours des mois d’octobre-novembre. « Comment la remise d’un prix fait-elle flamber la cote de celui qui le remet ? Peut-on imaginer un prix qui enraye cette économie et ne revienne pas tout droit dans la poche du jury ? » (A. Ronell) Tu t’abstiendras de répondre, ne sachant pas quelle réponse apporter. Ce que tu peux bien penser des prix littéraires par ailleurs ne regarde que toi. (Si vous lisez ces lignes, il y a fort à parier que vous connaissez déjà très bien tout ça, vous n’êtes pas dupe, on ne vous la fait pas, et vous n’avez sûrement besoin de personne pour vous raconter les coulisses de la gloire littéraire. Non, si vous êtes là c’est que vous êtes plus pervers que ça. L’intérêt que vous traquez dans ces lignes ne se porte pas sur la fabrique du succès. Non-non, vous avez été attiré par l’échec dont on vous promet le récit, et vous avez eu envie de vous marrer un peu en lisant l’histoire de l’écrivain raté qui explique — ou tente de, revoyez vos attentes à la baisse, écrivain raté, ça doit vous mettre sur la voie… — comment il a foiré son dernier texte et pourquoi personne n’en a voulu. Vous avez eu envie de vous payer un peu sa poire non sans toutefois lui offrir un peu de votre pitié. Vous en aviez en stock. C’est gentil et cruel à la fois de votre part. Vous êtes comme ça. On ne vous apprend rien.)