Commencer par là. Par dire — poser comme une prémisse possible — qu’il s’agirait en quelque sorte de cartographier l’échec, d’en raconter l’histoire. Ici donc tu tenterais de dessiner l’histoire de ce qu’il conviendrait de taire. Car enfin il n’est pas convenable de parler de ce que l’on rate. Si c’est raté, c’est raté : qu’y a-t-il à en dire ? Rien, au fond. C’est comme ça, point. L’échec d’emblée défie et défait le dire — combien de fois n’a-t-on pas entendu quelqu’un refuser la moindre parole, le moindre contact, la moindre explication après une cuisante défaite. Je préfère ne pas en parler. Parler ne fait que remuer le couteau dans la plaie. Parler ne fait que prendre la mesure du gâchis, de cette énergie perdue, cette vaine dépense, ces réveils pour rien tôt le matin, le goût amer du café qui brûle la langue, ces efforts qui n’ont rien donné. Non-retour sur investissement. Et merde. Au lieu de ça on aurait pu —. Or à commencer ainsi (et très honnêtement tu ne vois pas trop comment tu pourrais commencer autrement), par dire que ce texte se propose de raconter l’histoire d’un échec, et donc se propose en quelque sorte de parler, de dire là où, et quand, précisément il n’y a rien à dire, c’est admettre que ce texte que tu t’apprêtes à écrire est un texte en trop, un texte qu’en vertu du bon sens il ne faudrait pas écrire sur un autre, raté et mis sous rature, qu’il n’aurait pas fallu écrire. Autrement dit, au-delà d’une probable impudeur seraient peut-être aussi réunies les conditions mêmes qui rendent possible la littérature en tant que celle-ci ne se donnerait que dans le redoublement stérile de toute parole. Oui, dis-le en ces termes pour commencer — si tant est qu’ils aient un sens, et quoi qu’il vaille.

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