(251117)

Tu as reçu l’autre jour un appel à communications pour interroger la façon qu’a la fiction contemporaine d’agir sur le réchauffement climatique. La question qui était posée était en gros « que peut faire la littérature face au désastre écologique? », qu’on déclinait ensuite de diverses manières. La réponse: rien, ça paraît pourtant évident, non? Qu’un.e écrivain.e puisse être sensible à cette question, qu’on puisse vouloir la réfléchir dans une œuvre littéraire, est une chose. Qu’on puisse même envisager, à titre de fiction, des solutions — à ce problème en particulier ou à d’autres, le fléau terroriste par ex. auquel on finit tristement, scandaleusement, par s’habituer —, ça ne fait aucun doute; il se pourrait même que ces solutions soient transposables dans le réel. Mais au fond, l’enjeu ici n’est pas tant de s’interroger sur les capacités, véritables sans doute, de la fiction à problématiser le monde, à comprendre le réel jusque dans ses replis les plus reculés, que sur la réception, la lecture qu’on en fait. La question, en fait, serait plutôt de savoir à qui s’adresse la fiction. La naïveté de cet appel t’a paru confondante. Au-delà de la seule fiction, la littérature tout entière, est un prêche. Aux convaincus. Dans le désert. C’est la raison aussi pour laquelle elle est essentielle, quelles que soient les formes qu’elle se donne. Dans les poches de résistance qu’elle façonne. Dans les marges qu’elle creuse & où elle s’isole. En forcenée.

Le #4 se ramifie; tu le regardes essaimer.