(190321)

L’autre jour, juste avant tout ça, à la radio des pubs continuaient d’annoncer des événements qui avaient été de facto annulés. Le temps s’était comme dédoublé, sa course se prolongeant encore en ligne droite, suivant un tracé calculé, programmé depuis toujours, tandis que son cours réel/irréel avait été dévié. Il y avait les « événements » proclamés et les non-événements tus. C’était étrange. C’était risible. L’annonce d’avance vaincue par un réel réfractaire. Le signe rendu à sa pure vacuité. La pub à son mensonge, sa rhétorique creuse et fallacieuse. Tu t’es dit qu’un jour, quand nous aurons tous fini par disparaître, balayés par nos virus, emportés par nos conneries, asphyxiés par nos forêts en flammes, étouffés par l’air irrespirable, la mascarade aura enfin été révélée pour ce qu’elle était: nous continuerons de recevoir les mêmes spams dans nos boîtes mail, les mêmes jingles continueront de retentir sur les ondes, les mêmes voix préenregistrées continueront de déclamer sur les quais des gares, les mêmes pubs se succèderont sur nos écrans, les mêmes visages glamour, les mêmes peaux glabres et lisses, les mêmes lèvres entrouvertes sur leurs promesses indicibles, les mêmes fausses sollicitudes, les algorithmes continueront de tourner et de mouliner sur nos machines, aux intersections les panneaux continueront de tourner sur eux-mêmes tandis que les feux continueront de passer au rouge pour personne, au vert pour personne, faisant danser les mêmes numéros de téléphone et leurs *appels non-surtaxés pour participer à l’émission TAPEZ 3 si vous désirez un monde meilleur TAPEZ PLUS FORT (0.65€ + coût du SMS) doublez vos chances de gagner un chèque de 10 000€ en envoyant #MerciMonsieurLePrésident au 727374 2×0.65€ + prix SMS, la fin du monde est sans doute plus drôle qu’il n’y paraît. Sauf qu’il n’y aura plus personne pour en rire.  A. a 11 ans aujourd’hui. La sortie du #4, lointaine, sera sans doute repoussée.