(180818)

Pendant qu’on était parti, la pelouse a cramé et un couple de tourterelles a élu domicile sous la cabane du portique, dont le montant est maintenant recouvert de fiente. Les mauvaise herbes ont envahi l’allée. Les choses profitent de ton absence pour se rebeller et échapper à toute velléité d’ordre.

Un peu plus de quinze jours maintenant que tu n’as rien écrit. Timide reprise en milieu de semaine et cette entrée toujours à reculons dans le #4. Tu n’as jusqu’à présent jamais éprouvé la moindre réticence à écrire. C’est étrange. L’impression que se joue quelque chose à la croisée du #3 et du #4. Quelque chose qui ne s’est pas joué avec les trois premiers textes. Quelque chose qui ne pouvait pas se jouer avec les trois premiers textes. Cette réticence pour une bonne part te paraît due à l’incertitude qui à ce jour pèse encore sur le #3. La crainte, ou quelque chose qui y ressemble, qu’il ne soit pas publié. Et alors? Alors rien. En toute objectivité. Car qu’il soit ou non publié, ça ne changera rien à rien. Non, ce qui t’embête plutôt c’est que le #4 a besoin du #3, de même que Charøgnards avait besoin d’À tous les airs, est né dans les entrailles d’À tous les airs. Le #3 est différent, sans doute tente-t-il la synthèse des deux premiers. Mais peu importe. Le #3 est nécessaire pour permettre le saut vers le #4. Tu n’entreras sereinement dans l’écriture du #4 que dès lors que tu seras fixé sur le sort du #3 — quel qu’il soit. Et si on venait à le rejeter, il faudrait te résoudre à l’enterrer pour de bon. À l’oublier, le renier. Ce que sans doute tu aurais dû faire pour À tous les airs. Ça demande plus de courage et de droiture de rejeter, d’abandonner un livre que de l’écrire. Est-on jamais l’écrivain qu’on souhaite vraiment être? Il faudrait pouvoir vivre en reclus sur une petite île du nord, loin de tout trafic, et consacrer le restant de sa vie à écrire sans jamais rien publier, par volonté, garder tout jalousement pour soi comme un secret inavouable. La publication sans doute est-elle une erreur. Qui comme toute erreur doit pourtant bien être commise à un moment. Le livre n’y résiste pas.