(151218)

Tu passes de moins en moins souvent par ici. Faute de temps. D’envie. De choses à dire, aussi. Depuis ton dernier passage, l’interface a évolué. On te propose maintenant d’écrire en sélectionnant des blocs. Tu n’y comprends plus rien. Plus moyen de justifier le texte non plus. À moins sans doute d’aller bidouiller dans le code. Ce qui t’excite assez moyennement, faut dire.

(Après quelques allées et venues dans l’interface tu as réussi à repasser en mode « classique ». Ton texte sera justifié.)

Tout va trop vite pour toi. Et pas assez. Il faudrait parler du #3. Du #4 aussi. Ou pas. En parler ne t’aide pas. Ne t’aide plus. Pour dire quoi? Le #3 ne verra pas le jour chez Quidam. Ne verra peut-être pas le jour ailleurs non plus. Qu’est-ce qu’on ressent face à ça? Tu ne sais pas. Tu ne peux pas dire que tu sois surpris. C’est si peu dans l’air du temps. C’est tellement gratuit. Pourtant tu ne cesses pas d’y croire.  C’est-à-dire que si tu devais le récrire, tu le récrirais sans doute comme ça. Tu n’y changerais pas grand-chose. Assez connement,  tu estimes que c’est sans doute le meilleur roman que tu aies pu écrire jusqu’ici. Non pas qu’il soit « meilleur » que les deux qui l’ont précédé. Ça ne veut rien dire. Ou si ça veut dire quelque chose, ce n’est pas à toi d’en juger. Tu ne sais pas juger. Pas meilleur, donc. Mais celui dont l’écriture te donne le plus satisfaction. Celui que tu as traversé en ne retouchant que si peu de choses à chaque fois. Tout est une question de structure, de tracés, de plis, de croisements, d’effleurements. Mais l’écriture, la phrase, le phrasé, la tonalité — à ça tu as très peu touché. Tu pourrais élaguer, refondre, redistribuer, formater différemment dans les grandes largeurs. Oui. Le concept et, donc, la conception de l’ensemble, c’est peut-être ça qui ne fonctionne pas. Tu veux bien l’admettre. Mais la phrase, les mots, leurs agencements, les rythmes qu’ils dessinent, les musiques qu’ils portent, tu ne sais pas, non — à ça tu ne veux plus toucher. 

On n’écrit pas pour rien.