(150120)

Tu as pris l’habitude, dès que tu termines un projet au long cours, de transiter par un autre, entamé sans doute entre le #3 et une des versions d’À tous les airs. Au début, il s’agissait d’écrire un texte court, une nouvelle en guise de récréation. Retrouver un souffle. Sans arrêter d’écrire. Ralentir la course sans la stopper. Après avoir mis un terme au #3, avant d’entamer sérieusement le #4, tu y es revenu. La nouvelle écrite, elle paraissait en appeler d’autres. C’est peut-être comme ça que naissent les projets, entre deux autres. Une première nouvelle aura suffi pour esquisser l’ébauche d’un livre. Un livre lointain. Car ce livre, c’est comme ça que tu l’écriras. Dans le dos des autres en quelque sorte. Et c’est ce que tu comptais faire après avoir achevé le #4. Tu as relu les deux textes en sommeil. Savais ce qu’il te fallait faire, quelle était la suite à donner. Mais tu ne l’as pas fait. Un mois, un peu plus, s’est écoulé depuis et tu n’écris plus. Pour la première fois tu as brisé l’élan entamé à l’été 2011. Tu n’écris plus. Tu ne t’étais jamais véritablement arrêté d’écrire depuis cet été-là. Pour autant tu n’as pas suspendu ta routine. Lever tous les jours à 6h pour te retrouver devant ton écran. La routine est saine. Elle te rassure. Comme les enfants qui ne peuvent s’endormir sans sacrifier au même inlassable rituel soir après soir. On ne sort jamais de l’enfance, il faut croire; tes rituels, toi, tu les suis le matin. 6h00 – 8h00. Deux heures pour toi. Que tu partages depuis plus d’un mois maintenant avec d’autres. Tu en profites pour retravailler une traduction. Ce qui t’évite de mordre sur les autres projets de plein jour. Le livre de critique avance l’après-midi, lui. Il te plaît bien pour l’heure. Quand tu auras bouclé cette traduction, d’ici la semaine prochaine sans doute, il te faudra passer à l’ébauche du texte que t’a réclamé JL. Tu as reculé, ne savais pas trop comment l’aborder. Tu crois avoir trouvé. Tu te demandais au début si tu parviendrais à te contenter de cette situation transitoire. Si ne plus écrire, pour toi, ne t’aigrirait pas. Ne te manquerait pas. Tu compenses par d’autres formes d’écriture, évidemment — traduction, écriture critique. Mais il faut te rendre à l’évidence aujourd’hui. Une vie sans écrire est possible. Ce qui te fait plutôt peur, tu dois bien te l’avouer. V. a lu le #4 intégralement. Il en aura été le premier lecteur.