(130118)

Et cet étudiant qui à l’issue du cours vient te remercier pour l’avoir réconcilié avec la littérature contemporaine. « Ce n’est pas moi qu’il faut remercier, ce sont les auteurs que je n’ai fait que glisser entre vos mains! »  Évidemment, son gentil mot t’a touché. Tu espères juste qu’il ne se mettra pas en tête d’aller te lire — il risquerait une rechute définitive, tout le lent travail de Marie Cosnay, Claro, Céline Minard, Christine Montalbetti, Julien d’Abrigeon, Antoine Volodine, Éric Chevillard, Claude Simon, Christophe Manon, sapé à jamais…

L’autre jour, à la librairie, tu attendais au comptoir pour récupérer une commande quand soudain un monsieur s’avance, hésite, se retourne — C’est lui? Oui. « Bonjour Monsieur, je suis en train de lire votre livre, À tous les airs, et… » Tu ne l’as pas laissé terminer sa phrase. Tu as juste crié Aïe! et tu es parti en courant. Tu es repassé hier discrètement récupérer ta commande.

Tu as calculé que pour rendre ta traduction dans les temps, il te fallait traduire à peu près une page par jour. Ça ne comprend pas la relecture, les révisions, les vérifications, les allers-retours avec l’auteur, ceux avec l’éditeur, les reprises, le lissage, les dernières retouches. Tu as déjà trois jours de retard.