(070418)

Tu termines le #3. Que tu as repris intégralement. Ne t’étais pas plongé dedans depuis presque un an, lorsque tu avais mis les dernières touches à la mouture précédente. Tu l’as relu, retiré un chapitre, en as ajouté un autre, as travaillé l’habillage. Le reste: des retouches ici ou là, des développements, des précisions. Moment toujours délicat, celui de la reprise. Qu’est-ce qui autorise la réécriture? Depuis quel bord du texte se lance-t-elle? Que ferait-elle que l’élan initial n’a pas su faire? Tu as toujours été mauvais juge, incapable de trancher, de retrancher. Incapable de dire aussi, comme fasciné par ces mots à l’écran qui défilent, si ça tient, si ça prend. Es-tu vraiment l’auteur de ce texte? Ou ne serait-ce pas plutôt l’inverse? Lui qui t’invente, t’oriente, te dirige, te domine. Te dresse.

L’autre jour, à la télé — tu ne t’es pas attardé, as pris l’émission en cours, cinq minutes tout au plus avant de passer à autre chose —, Dicker disait qu’il lui était impossible de camper l’action de ses romans en Suisse. Que la côte est des États-Unis — si c’est bien là que se passent ses romans, tu ne les as pas lus —, parce qu’il ne la connaissait pas ou mal, parce qu’il n’y habitait pas, était plus propice à la fiction. Que sa connaissance intime d’un lieu l’empêchait d’en faire le cadre de son roman. Parce que le réel le démentirait. Marrant, cet asservissement de la fiction au réel. Sous prétexte que l’intrigue se passerait ailleurs, la fiction devient possible. Comme si le romancier craignait qu’on puisse le prendre en défaut, lui reprocher l’inexactitude de sa copie. Comme si le réel résistait à la fiction, à l’invention, au mensonge, à l’erreur. Comme si le réel ne trompait pas. Alors que.

Les responsabilités qu’implique une traduction sont énormes.

« He actually wished me “good evening,” as if there were nothing wrong. But something was wrong, I reassured myself. »

— Renee Gladman, Event Factory.